Sophie Adenot a amerri dans le Pacifique, au large de la Californie, le jeudi 8 octobre 2026, après 235 jours en orbite. Pour les astronautes, le retour ne marque pas la fin de la mission : des mois en microgravité allègent les os, désentraînent certains muscles et perturbent l'équilibre. La Française suit désormais un programme de réadaptation d'environ trois semaines à Cologne. Voici ce que l'on sait de ces effets et des étapes de la récupération.

Une mission record

Montée à bord de la Station spatiale internationale (ISS) le 14 février 2026, l'astronaute de l'ESA, colonel de l'armée de l'Air et de l'Espace, a signé avec la mission Epsilon la plus longue mission spatiale jamais réalisée par un Européen en une seule fois. Elle a aussi effectué trois sorties extravéhiculaires, pour un total de 19 heures et 42 minutes dans le vide spatial, selon le ministère des Armées.

La capsule Dragon de SpaceX, partagée avec Jessica Meir, Jack Hathaway et Andreï Fediaïev, s'est posée à 17 h 35, heure de Paris. Selon le direct de franceinfo, la Française est sortie près d'une heure plus tard, semble-t-il très fatiguée. Elle a ensuite été examinée à Houston avant de rejoindre l'Europe.

Ce que la microgravité change chez les astronautes

Les os perdent en densité

Sans la charge permanente de la gravité, les cellules qui fabriquent l'os ralentissent, tandis que celles qui le détruisent gardent leur rythme. D'après la NASA, les os porteurs, comme la colonne et les hanches, perdent en moyenne 1 à 1,5 % de leur densité par mois lors des missions de quatre à six mois. L'Agence spatiale canadienne (ASC) évoque une fourchette de 1 à 2 %. À titre de comparaison, l'ASC indique qu'une personne âgée perd environ 1 % par an sur Terre.

Les muscles du dos sont la priorité

« On a constaté souvent qu'à leur retour les astronautes ne marchent pas aussi bien qu'à leur départ parce que ces muscles ne travaillent pas en apesanteur », explique à franceinfo Bimba Hoyer, la médecin de l'ESA qui suit Sophie Adenot. Elle parle des muscles autour de la colonne vertébrale, ciblés en priorité pendant la réadaptation.

Le cœur et la tension

Dans l'espace, le cœur n'a plus besoin de pomper aussi fort pour envoyer le sang vers les différents organes, et il rétrécit, rappelle franceinfo. Il reprend sa taille habituelle au retour. Pendant les 48 premières heures, la pression artérielle peut nettement baisser : « il existe un risque de malaise », prévient Bimba Hoyer.

L'équilibre à réapprendre

Au retour, le système qui gère l'équilibre doit se réadapter à la gravité. Thomas Pesquet, en 2021, racontait sur Brut avoir l'impression qu'« un élastique qui tire vers le bas », et qu'enfiler un pantalon faisait partie des tâches les plus difficiles à son retour.

Environ deux heures de sport par jour à bord

Pour limiter ces pertes, les équipages s'entraînent en moyenne deux heures par jour, selon la NASA (franceinfo parle de 2 h 30). Trois appareils sont utilisés :

  • le tapis de course, avec un harnais qui maintient l'astronaute sur la bande. D'après l'ASC, la tension démarre à 60 % du poids du corps puis monte jusqu'à 85 % ;
  • le vélo stationnaire, sans selle, pour le cardio ;
  • l'ARED, une machine qui reproduit la musculation : squats, soulevés de terre, mollets.

Ce programme freine la perte osseuse sans la supprimer. Dans les données compilées par la NASA, l'ARED limite nettement mieux la perte osseuse que l'ancien appareil de musculation de la station.

La réadaptation, étape par étape

Le tableau distingue le programme décrit par l'ESA à franceinfo et les données générales de la NASA. Les délais varient selon chaque astronaute.

QuandCe qui se passeSource
48 premières heuresRisque de malaise lié à la baisse de tensionESA (B. Hoyer)
3 premiers joursBilan de santé complet pour ajuster le protocoleESA
Jours 1 à 15Exercices « très légers », piscine, kiné ; priorité aux muscles du dosESA
Vers une semaineMarche plus fluide, coordination en progrèsESA
Vers 10 joursReprise du volant possible, après un examen neurologiqueESA
3e semaineDernière semaine au Centre des astronautes européensESA
Dans les 45 joursRécupération possible des valeurs d'avant le vol pour l'endurance et la forceNASA
Environ un an chez de nombreux astronautesRetour de la densité osseuse au niveau d'avant le volNASA

Les exercices font appel à des ballons, des trampolines ou des cordes à sauter, comme l'avait montré Thomas Pesquet sur Instagram après la mission Alpha. Huit mois au lieu de six, est-ce que ça change le protocole ? « Non, ce n'est pas prévu », répond Bimba Hoyer : les programmes restent standard jusqu'à un an dans l'espace.

Selon Bimba Hoyer, un astronaute peut avoir récupéré toutes ses capacités après trois semaines. Elle ne lui conseille pas pour autant d'envisager aussitôt un marathon. « Mais, ils sont libres de le faire », sourit-elle.

Et pour nous, au sol ?

Les agences spatiales reproduisent ces effets sur Terre avec des volontaires alités, tête légèrement inclinée vers le bas : perte osseuse, changements musculaires et cardiovasculaires apparaissent aussi. Deux enseignements ressortent des sources :

  • Les os ont besoin de charge. Pour l'ASC, la meilleure façon de construire de la masse osseuse reste les exercices en charge, comme la marche, le jogging, le volley ou le basket. La marche rapide fait partie de ces activités.
  • La musculation a sa place. À bord de l'ISS, les résultats de l'ARED montrent l'intérêt du travail en résistance pour limiter la perte osseuse.

Si vous reprenez une activité après une longue période d'inactivité, demandez conseil à votre médecin ou à un kinésithérapeute.

Le programme annoncé pour Sophie Adenot dure environ trois semaines. Selon les données de la NASA, la récupération osseuse peut prendre bien plus longtemps chez de nombreux astronautes.