Une boucle de 6,706 km à boucler en moins d’une heure. Puis on recommence à l’heure suivante, et à la suivante, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un coureur. C’est tout le principe de la backyard ultra. Le 22 octobre 2026, deux Belges de 52 et 56 ans, Merijn Geerts et Ivo Steyaert, ont poussé ce format jusqu’à 124 boucles, soit environ 831 km en 124 heures : nouveau record du monde.
La backyard ultra, comment ça marche ?
Le format a été inventé par l’Américain Gary Cantrell, alias « Lazarus Lake », déjà connu pour les Barkley Marathons. La première Big’s Backyard Ultra s’est courue en 2011 sur ses terres de Bell Buckle, dans le Tennessee. Les règles tiennent en quelques lignes :
- Une boucle de 6,706 km (4,167 miles), à parcourir en moins d’une heure.
- Un départ toutes les heures pile. Si vous bouclez en 50 minutes, il vous reste 10 minutes pour manger, boire, changer de chaussettes ou fermer les yeux. Puis il faut être dans le sas pour le départ suivant.
- Pas de ligne d’arrivée, pas de distance annoncée. Vous êtes éliminé si vous ne bouclez pas dans l’heure ou si vous n’êtes pas au départ.
- Un seul vainqueur. La course s’arrête quand l’avant-dernier abandonne. Le dernier doit alors boucler un tour de plus, seul, pour gagner. Si les deux derniers s’arrêtent ensemble, il n’y a pas de vainqueur.
Pourquoi 6,706 km ? Parce que 24 boucles font exactement 100 miles, soit environ 161 km par jour de course. Le calcul est simple, l’épreuve beaucoup moins.
Le record du monde : 124 boucles, main dans la main
Le record est tombé pendant les championnats du monde par équipes, lancés le samedi 17 octobre à 14 h (heure française). Le principe est particulier : chaque pays court chez lui, sur sa propre boucle de 6,706 km, au même moment que les autres. Cette année, 990 coureurs répartis dans 67 nations ont pris le départ, à raison de 15 par équipe.
En Belgique, la course se tenait à Retie, dans la province d’Anvers. Jeudi 22 octobre, Merijn Geerts et Ivo Steyaert étaient les deux derniers coureurs encore en course dans le monde entier. À leur 120e boucle, ils ont dépassé le record de l’Australien Phil Gore (119 boucles, établi en juin 2025). Ils ont continué jusqu’à la 124e, puis ont décidé ensemble de ne pas repartir. Ils partagent donc le nouveau record, sans qu’aucun des deux ne soit déclaré vainqueur, comme le rapporte iRunFar.
Ce n’est pas une première pour le duo. En 2022, ils s’étaient déjà arrêtés ensemble à 101 boucles. En 2024, avec leur compatriote Frank Gielen, ils avaient tenu 110 boucles à trois. Selon Le Parisien, ils ont enchaîné les tours avec une régularité de métronome, en mangeant de petites portions entre deux boucles et sans vraiment dormir pendant plus de cinq jours.
| Les chiffres des Mondiaux 2026 | Valeur |
|---|---|
| Record du monde (Geerts et Steyaert) | 124 boucles, environ 831 km |
| Ancien record (Phil Gore, 2025) | 119 boucles, environ 798 km |
| Participants | 990 coureurs, 67 nations |
| Champion du monde par équipes | États-Unis (1 120 boucles) |
| 2e, 3e et 4e | Australie (1 069), Belgique (1 058), Japon (1 038) |
| France | 6e (889 boucles) |
| Record de France féminin | Sonia Poutrel, 68 boucles (environ 456 km) |
Au classement par nations, ce sont bien les États-Unis qui l’emportent. Les records individuels ne suffisent pas : seul compte le total des boucles des 15 coureurs de l’équipe.
Et les Français ?
L’équipe de France courait sur l’hippodrome de Bacqueville-en-Caux, en Normandie. Elle termine 6e mondiale avec 889 boucles cumulées, soit près de 5 960 km à quinze. Deux Bleus ont franchi la barre des 100 heures :
- Christophe Baud : 101 boucles (environ 677 km), une de plus que son record personnel. Il est le dernier Français en course.
- Julien Pierlot : 100 boucles (environ 671 km), nouveau record personnel.
- Sonia Poutrel : 68 boucles (environ 456 km), nouveau record de France féminin. L’ancienne marque, 63 boucles, appartenait à Annie Paringaux.
Ces résultats sont détaillés par u-trail et les DNA.
Pourquoi ce format plaît autant
Sur un ultra classique comme la Diagonale des Fous, la vitesse fait le classement. En backyard, aller vite ne sert presque à rien : celui qui boucle en 40 minutes ne gagne rien de plus que celui qui rentre en 58. Ce qui compte, c’est la gestion. Un rythme assez lent pour durer, assez rapide pour garder quelques minutes de repos à chaque tour. Et surtout la tête, quand la nuit tombe pour la troisième ou la quatrième fois.
Le format est aussi très lisible pour le public. Tout le monde repart en même temps, toutes les heures, sur une boucle que l’on peut suivre depuis le bord. Et chacun peut viser son propre objectif : 4 boucles, un premier « 100 miles » en 24 heures, ou simplement une de plus que le voisin.
Envie d’essayer ? Commencez petit
Les backyards se multiplient en France, souvent avec des formats limités dans le temps. Ce samedi 24 octobre, la première édition du Combloux Backyard, en Haute-Savoie, propose ainsi des formules de 6 ou 12 heures autour de l’alpage de Beauregard, avec 300 m de dénivelé par boucle, selon Le Dauphiné. Quelques repères avant de vous lancer :
- Testez l’allure. Adaptez-la à votre expérience, au terrain et au règlement de l’épreuve. L’idée est de boucler avec de la marge, sans vous mettre dans le rouge.
- Préparez votre « box ». Une chaise, de quoi manger salé et sucré, des vêtements secs, une frontale. Les minutes de pause passent très vite.
- Testez vos ravitaillements à l’entraînement. Ce que vous mangez et buvez entre deux boucles se prépare avant la course. Sans forcer l’hydratation.
- Fixez-vous un objectif raisonnable. Quelques boucles suffisent pour une première fois. Ne prenez pas la performance de Geerts et Steyaert pour une référence.
Courir plusieurs jours en dormant très peu n’a rien d’anodin. Si vous avez un doute sur votre santé, ou si vous visez un format long, parlez-en d’abord à votre médecin. Le manque de sommeil pèse aussi sur la vigilance et la récupération, comme le rappelle notre article sur le sommeil et la course de nuit.
Si vous aimez les formats qui mélangent effort et stratégie, jetez aussi un œil à l’Hyrox, l’autre course qui fait parler d’elle cette année. Moins long, mais pas plus reposant.
