Ciara Mageean, championne d’Europe du 1 500 m en 2024 et double olympienne irlandaise, est morte le dimanche 1er novembre 2026 à 34 ans, emportée par un cancer colorectal découvert au stade 4. Avant le diagnostic, la coureuse avait mis ses troubles digestifs sur le compte de l’entraînement, puis d’un côlon irritable. Voici ce que l’on sait de sa maladie, et les signes qui doivent pousser à consulter, y compris quand on est jeune et sportif.
Qui était Ciara Mageean ?
Née le 12 mars 1992 à Portaferry, dans le comté de Down (Irlande du Nord), Ciara Mageean courait pour l’Irlande. Spécialiste du demi-fond, son palmarès compte parmi les plus fournis de l’athlétisme irlandais : bronze européen en 2016 à Amsterdam, argent en 2022 à Munich, puis l’or sur 1 500 m au Stadio Olimpico de Rome en 2024. Elle a aussi pris la 4e place des Mondiaux 2023 et participé aux Jeux de Rio (2016) et de Tokyo (2021). Une blessure au tendon d’Achille l’a privée des Jeux de Paris en 2024.
Selon l’Irish Times, elle détenait les records d’Irlande du 800 m, du 1 000 m, du 1 500 m et du mile, des marques qui appartenaient autrefois à Sonia O’Sullivan.
| Repère | Ce que l’on sait |
|---|---|
| Naissance | 12 mars 1992, Portaferry (Irlande du Nord) |
| Titre majeur | Championne d’Europe du 1 500 m, Rome 2024 |
| Autres médailles européennes | Argent 2022 (Munich), bronze 2016 (Amsterdam) |
| Jeux olympiques | Rio 2016, Tokyo 2021 ; forfait à Paris 2024 (tendon d’Achille) |
| Diagnostic | 20 mai 2025, cancer de l’intestin au stade 4 |
| Annonce publique | Juillet 2025, sur Instagram |
| Décès | 1er novembre 2026, à 34 ans |
De quoi est morte Ciara Mageean ?
D’un cancer colorectal (on parle de bowel cancer outre-Manche). Le diagnostic est tombé le 20 mai 2025, après une coloscopie à l’hôpital St Vincent de Dublin, raconte l’Irish Independent. Elle a appris plus tard, pendant son traitement en Irlande du Nord, que le cancer était au stade 4, déjà présent dans le foie et les poumons. Elle avait alors 33 ans.
Elle a rendu la nouvelle publique en juillet 2025, puis en a parlé ouvertement, dans les médias comme sur les réseaux. En juin 2026, elle a publié un livre, My Greatest Race, devenu un best-seller dans toute l’île selon Runner’s World.
Quelques semaines avant sa mort, elle a épousé son compagnon Thomas Moran à l’hôtel de ville de Belfast, puis a organisé une seconde fête avec ses proches. Sa famille a annoncé son décès sur Instagram : « À 6 h 30 ce matin, Ciara a perdu son combat contre le cancer, entourée de ceux qu’elle aimait. » Ses obsèques ont eu lieu le 3 novembre à Portaferry.
Les signes qu’elle avait mis sur le compte de l’entraînement
Ciara Mageean a souvent décrit ce qui l’avait alertée, justement pour que d’autres ne laissent pas traîner. Dans le Brendan O’Connor Show (RTÉ), elle expliquait qu’en tant qu’athlète, on a l’habitude d’avoir les intestins un peu chamboulés : on court beaucoup, on s’arrête parfois en urgence derrière un buisson. Puis c’est devenu plus fréquent.
« Je me levais le matin et je devais aller aux toilettes quatre fois. Je me suis dit : ce n’est pas normal. […] Je trouvais sans cesse des explications logiques, comme beaucoup de gens le feraient. »
Elle se sentait « crampée », pensait avoir mangé quelque chose qui passait mal, puis s’est dit qu’elle avait sans doute un côlon irritable. C’est son compagnon qui lui a suggéré de consulter.
Le piège, les coureurs le connaissent : entre la « diarrhée du coureur » et les ventres capricieux en sortie longue, on prend vite l’habitude de banaliser. Le repère donné par Brendan Donlon, président de l’association Bowel Cancer Ireland, sur RTÉ : si la consistance, la taille, la forme ou la régularité de vos selles change et reste modifiée pendant trois semaines, appelez votre médecin.
Cancer colorectal : les symptômes qui doivent faire consulter
L’Institut national du cancer (INCa) rappelle que ce cancer évolue souvent longtemps sans aucun signe. Quand des symptômes apparaissent, les plus évocateurs sont :
- du sang dans les selles, rouge ou noir ;
- des douleurs abdominales récentes, persistantes ou inexpliquées ;
- des troubles du transit récents : diarrhée ou constipation inhabituelle, ou alternance des deux ;
- un amaigrissement inexpliqué ;
- une anémie par manque de fer, qui peut se traduire par une fatigue et un essoufflement anormaux (selon le NHS britannique).
Ces signes peuvent avoir d’autres causes, souvent bénignes. Mais aucun n’est à ignorer quand il s’installe, quel que soit votre âge ou votre niveau de forme. Seul un médecin peut faire la part des choses, si besoin avec une coloscopie. Et si vous avez l’impression de ne pas être entendu, Bowel Cancer Ireland conseille de demander un second avis.
Être sportif protège-t-il du cancer colorectal ?
En partie seulement. L’INCa classe la diminution du risque de cancer du côlon grâce à l’activité physique au niveau de preuve « convaincant » : bouger régulièrement reste une vraie protection. Elle ne rend pas intouchable pour autant, et le cas de Ciara Mageean le rappelle. Comme l’a résumé Bowel Cancer Ireland après sa mort, on n’est jamais trop en forme ni trop jeune pour être touché.
En France, un cancer fréquent… et en hausse chez les moins de 50 ans
Le cancer colorectal reste majoritairement une maladie de l’âge mûr : environ 95 % des cas sont diagnostiqués après 50 ans, selon l’INCa. Il représentait environ 47 000 nouveaux cas en France en 2023 (Le Monde). Selon l’ARS Occitanie (campagne Mars bleu 2026), il cause environ 17 000 décès par an, ce qui en fait le deuxième cancer le plus meurtrier du pays.
Chez les plus jeunes, la tendance inquiète. Chez les moins de 30 ans, le taux d’incidence est passé de 0,3 à 1,26 nouveau cas pour 100 000 habitants entre 1990 et 2018, toujours selon Le Monde. Ces cancers restent rares à cet âge, mais ils sont diagnostiqués en moyenne 6,2 mois plus tard que chez les plus de 50 ans.
Le dépistage : à partir de 50 ans, tous les deux ans
En France, le dépistage organisé concerne les femmes et les hommes de 50 à 74 ans sans symptômes ni antécédents particuliers. Tous les deux ans, l’Assurance maladie envoie une invitation pour un test immunologique à faire chez soi, qui recherche du sang invisible à l’œil nu dans les selles. Un test positif conduit à une coloscopie. En cas de symptômes, à tout âge, ou d’antécédents personnels ou familiaux (polypes, cancer colorectal), parlez-en à votre médecin, qui décidera de la surveillance adaptée.
En Irlande, le programme public ne commence qu’à 57 ans, et Bowel Cancer Ireland réclame désormais un abaissement de cet âge.
Ce qu’il faut retenir
Ciara Mageean a consulté pour des troubles que beaucoup de coureurs connaissent, et qu’elle avait d’abord rangés parmi les petits tracas du sport. Quand le diagnostic est tombé, le cancer avait déjà atteint d’autres organes. Le message de son histoire tient en une phrase : un changement du transit qui dure, du sang dans les selles ou une fatigue inexpliquée méritent un rendez-vous chez le médecin, même à 30 ans, même en pleine forme.
Sur la santé des coureurs, lisez aussi notre article sur la rhabdomyolyse après un marathon, celui sur l’amylose cardiaque et son dépistage, ou l’histoire de Tigst Assefa, victorieuse à Berlin avec le tendon d’Achille rompu.
Cet article a une vocation d’information et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de symptôme persistant, consultez votre médecin traitant.
