Prenons une cure thermale conventionnée de 18 jours en rhumatologie, avec le forfait RH1 : en 2026, les soins coûtent 678,02 €, plus 84 € de suivi médical. Après le remboursement de l’Assurance maladie, il reste environ 330 € à payer avant mutuelle et participations forfaitaires, sans compter l’hébergement et le transport. Le 8 octobre, le gouvernement a annoncé vouloir transférer 200 millions d’euros de ces remboursements vers les mutuelles en 2027. Voici les chiffres, et ce qui pourrait changer.
Le prix d’une cure thermale en 2026, poste par poste
Une cure prise en charge par la Sécurité sociale dure 18 jours de soins effectifs, soit trois semaines sur place. Elle doit être prescrite par votre médecin, correspondre à l’une des 12 orientations reconnues et se dérouler dans un établissement agréé et conventionné, rappelle l’Assurance maladie. Une seule cure par affection et par année civile est remboursée.
Le coût se décompose en trois blocs :
- Le forfait thermal (les soins eux-mêmes), dont le tarif dépend de l’orientation et du nombre de soins. Il comprend un tarif de base, sur lequel la Sécu rembourse, et un « complément tarifaire » qu’elle ne rembourse jamais.
- La surveillance médicale : trois consultations obligatoires avec le médecin thermal, à 28 € chacune pour une orientation simple.
- Les frais du séjour : logement, repas, trajet. C’est souvent le plus gros poste.
Exemple chiffré : une cure de rhumatologie (forfait RH1)
Le forfait RH1 associe une cure de boisson et 72 soins. Voici ses tarifs 2026, tels qu’ils figurent dans la grille des Thermes de Rochefort. Le tarif de base et le prix maximal facturable sont encadrés au niveau national ; le complément tarifaire réellement facturé peut varier selon l’établissement.
| Poste (cure RH1, 18 jours) | Prix | Remboursé par la Sécu | Reste à votre charge |
|---|---|---|---|
| Tarif de base du forfait thermal | 574,51 € | 373,43 € (65 %) | 201,08 € |
| Complément tarifaire | 103,51 € | 0 € | 103,51 € |
| Surveillance médicale (3 × 28 €) | 84 € | 58,80 € (70 %) | 25,20 € |
| Total des soins | 762,02 € | 432,23 € | 329,79 € |
Ce calcul est fait avant mutuelle et n’inclut pas l’éventuelle participation forfaitaire de 2 € retenue sur les actes médicaux (plafonnée à 70 € par an, selon ameli.fr). Ces 329,79 € peuvent être couverts, en tout ou partie, par votre mutuelle. Tout dépend de votre contrat : certains prévoient un forfait cure thermale, d’autres rien du tout. Les contrats « responsables » n’ont aucune obligation générale de prendre en charge le thermalisme, souligne Sud Radio.
Hébergement et transport : un remboursement selon votre situation
Dans le cas général, le logement et le trajet ne sont pris en charge que si vos ressources de l’année précédente ne dépassent pas 14 664,38 € (plafond majoré selon votre situation familiale). Dans ce cas :
- l’hébergement est remboursé à 65 % d’un forfait de 150,01 €, soit 97,50 € pour tout le séjour ;
- le transport est remboursé à 55 % du prix d’un aller-retour SNCF en 2e classe, dans la limite de ce que vous avez réellement dépensé.
Au-dessus de ce plafond, cette aide n’est pas accordée. Des règles particulières existent pour les cures liées à une ALD, à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, pour les cures avec hospitalisation et pour les enfants placés en maison d’enfants à caractère sanitaire (MECS). Pour la plupart des curistes, trois semaines de location dans une ville thermale pèsent donc souvent plus lourd que les soins.
Les cas où la prise en charge est plus élevée
Si la cure est liée à une affection de longue durée (ALD) exonérante, le forfait thermal et la surveillance médicale sont remboursés à 100 % du tarif de base. Même logique pour un accident du travail ou une maladie professionnelle. Le complément tarifaire reste en revanche à payer. Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, eux, ne peuvent se voir facturer que le tarif de base.
Dans le cas général, des indemnités journalières peuvent être versées pendant la cure si vous remplissez les conditions habituelles d’ouverture des droits et si vos ressources ne dépassent pas 48 060 € (plafond annuel de la Sécurité sociale au 1er janvier 2026), majorés de 24 030 € pour le conjoint et chaque personne à charge. Le délai de carence de trois jours s’applique, selon ameli.fr et Service-Public.fr.
Ce que le gouvernement veut changer en 2027
Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, présenté le 1er octobre, ne contenait aucune mesure sur les cures. Une semaine plus tard, le 8 octobre, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé devant le conseil de la Caisse nationale d’assurance maladie un transfert de 200 millions d’euros de dépenses de cures thermales vers les complémentaires santé, rapporte Le Figaro. Ce montant fait partie d’un transfert global de 700 millions d’euros vers les mutuelles.
Ce qu’on sait, et ce qu’on ignore encore :
- Le nouveau taux n’est pas connu. Le gouvernement parle d’une baisse de la prise en charge, sans chiffre.
- La voie serait un décret, et non un article de loi, précise Public Sénat.
- Le conseil de la Cnam a rendu un avis défavorable sur le projet de budget, par 31 voix contre, deux abstentions et deux prises d’acte. Cet avis est seulement consultatif.
- Le calendrier parlementaire : l’examen en séance à l’Assemblée doit débuter le 20 octobre, avec un premier vote solennel prévu le 27 octobre, selon L’Officiel du Thermalisme.
Le sujet revient chaque automne. L’an dernier, une baisse du remboursement du forfait thermal de 65 % à 15 % avait été envisagée, puis abandonnée. Le 8 novembre 2025, les députés avaient aussi rejeté, par 167 voix contre 24, un amendement qui supprimait le remboursement des cures, sauf pour les ALD, les pathologies graves ou invalidantes et les troubles du développement de l’enfant. Les cures restent donc remboursées en 2026 aux mêmes taux qu’en 2025.
Le Conseil national des établissements thermaux (CNETh) y voit un « déremboursement qui ne dit pas son nom ». Environ 500 000 personnes suivent chaque année une cure prescrite par leur médecin, selon Sud Radio.
Combien coûterait une baisse du taux ?
Personne ne peut encore le dire, puisque le taux n’est pas fixé. Un simple calcul sur la cure RH1 donne toutefois un ordre de grandeur : chaque baisse de 10 points du taux de remboursement ajoute 57,45 € au reste à charge des soins, si votre mutuelle ne compense pas. Le scénario de 2025 (passer de 65 % à 15 %) aurait ajouté environ 287 € sur la même cure.
Et l’efficacité des cures ?
C’est le fond du débat. Le gouvernement a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) en février 2026 pour évaluer le service médical rendu de la médecine thermale, indique Sud Radio. Ses conclusions ne sont pas encore rendues. Stéphanie Rist jugeait qu’un tel avis « serait utile pour trancher le débat scientifique », rappelle Public Sénat. En attendant, c’est à votre médecin de juger si une cure a du sens pour vous : elle s’ajoute aux traitements et à l’activité physique adaptée, elle ne les remplace pas.
Vous prévoyez une cure : ce qu’il faut faire maintenant
- Faites-vous prescrire la cure par votre médecin, qui remplit le questionnaire de prise en charge.
- Envoyez le dossier à votre caisse avant de partir, avec la déclaration de ressources si vous demandez le remboursement du trajet et du logement.
- Relisez votre contrat de mutuelle : forfait cure thermale, prise en charge du complément tarifaire, de l’hébergement, plafonds annuels.
- Au 16 octobre 2026, les taux actuels restent applicables. Pour 2027, une baisse est envisagée par décret ; ses modalités ne sont pas encore connues.
Les cures de 6 ou 12 jours, dites « cures libres » ou « mini-cures », ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie. Si vous souffrez de douleurs de dos persistantes, lisez aussi notre article sur la maladie de Forestier. Les jambes lourdes, qui relèvent de la phlébologie, sont traitées dans notre dossier sur la maladie veineuse chronique.
