Les feux qui ravagent la Gironde et les Landes cet été ont recouvert une partie du Sud-Ouest d'un voile de fumée — et posé une question très concrète à tous ceux qui bougent dehors : peut-on encore aller courir, pédaler ou faire sa séance quand ça sent le brûlé ? Réponse courte : quand la fumée est là, on lève le pied. Voici comment décider sans céder à la panique.
Au 25 juillet, l'incendie parti du secteur de Saumos, près de Lège-Cap-Ferret, avait déjà ravagé environ 32 700 hectares en Gironde et poussé les autorités à évacuer près de 167 000 personnes, le feu gagnant les portes de Bordeaux (Le Haillan, Eysines, Mérignac). À l'échelle du pays, près de 98 000 hectares étaient partis en fumée depuis le début de l'été, un record, selon le ministère de l'Intérieur. Et la fumée, elle, voyage bien au-delà des zones évacuées : c'est pour ça que la question se pose aussi loin des flammes.
Pourquoi la fumée est un piège dès que vous forcez
Au repos, vous respirez tranquillement par le nez, qui filtre une partie des grosses poussières. Dès que l'effort monte, tout change. La ventilation — le volume d'air que vos poumons brassent — peut être multipliée par 25 à 30 chez un sportif entraîné, passant de 6 à 8 litres par minute au repos à près de 200 litres à haute intensité, rappelle un physiologiste dans The Conversation.
Autre bascule : à partir de 30 à 40 litres par minute, on se met à respirer par la bouche. Le filtre nasal est court-circuité et l'air chargé de particules file droit au fond des bronches. Or la fumée d'incendie est riche en particules fines PM2,5, assez petites pour s'enfoncer profondément dans les voies respiratoires. Traduction concrète : enchaîner une grosse séance en plein pic de fumée, c'est inhaler beaucoup plus de polluants, et plus profondément, que de rester tranquille chez soi.
Les effets à court terme sont connus : yeux et gorge qui piquent, toux, gêne respiratoire, inflammation des bronches. Une étude citée par The Conversation va plus loin : chez de jeunes hommes en bonne santé, les bénéfices de la course peuvent s'effacer après une quinzaine de minutes d'effort dans les villes les plus polluées, et même s'inverser au-delà de 75 minutes. Autrement dit, on peut courir « contre » sa santé sans s'en rendre compte.
Le bon réflexe : regarder l'air avant de lacer vos chaussures
Pas besoin de deviner au pif. La France dispose d'un indicateur officiel, l'indice ATMO, calculé chaque jour par les associations agréées de surveillance de la qualité de l'air. Depuis sa refonte de 2021, il combine cinq polluants — les particules PM10 et PM2,5, le dioxyde d'azote, l'ozone et le dioxyde de soufre — et retient le plus mauvais des cinq pour qualifier la journée, selon Atmo France.
Il se décline en six niveaux, de « bon » à « extrêmement mauvais ». Vous le trouvez gratuitement sur le service public Recosanté, sur le site de votre observatoire régional (Atmo Nouvelle-Aquitaine, AtmoSud…) ou via leurs applis. En période de feux, c'est le geste à prendre avant chaque sortie, au même titre qu'un coup d'œil à la météo.
Un bémol, toutefois : l'indice ATMO est une moyenne de la journée, qui capte mal un panache de fumée qui monte en quelques heures. En cas d'incendie proche, les consignes de la préfecture et de l'agence régionale de santé priment toujours sur l'indice du jour. Si ça sent nettement le brûlé dehors, la mesure du capteur le plus proche n'a pas encore forcément rattrapé la réalité.
| Indice ATMO du jour | Sport en extérieur : le repère |
|---|---|
| Bon / Moyen | Feu vert. Séance normale possible. |
| Dégradé | On lève un peu le pied : intensité et durée réduites, surtout si vous sentez la fumée. |
| Mauvais | On reporte l'effort intense dehors ; les personnes sensibles s'abstiennent. |
| Très mauvais / Extrêmement mauvais | Pas de sport dehors. On reste à l'intérieur, fenêtres fermées. |
Et le masque FFP2, ça marche pour courir ?
C'est la fausse bonne idée de l'été. Le masque FFP2 filtre bien une grande partie des particules fines. Mais il ne retient pas les gaz présents dans la fumée, et il donne surtout une dangereuse impression de sécurité, souligne le média spécialisé u-Trail.
À l'effort, il ajoute une contrainte respiratoire et thermique loin d'être anodine : vous forcez pour aspirer l'air à travers le tissu, sous la chaleur estivale, tout en ventilant énormément. Le verdict est net : le FFP2 peut dépanner pour traverser brièvement une zone enfumée, jamais pour y faire son footing. Face à la fumée, la vraie protection, c'est de reporter la séance.
Qui doit être particulièrement prudent
Tout le monde est concerné, mais certains profils doivent renoncer plus tôt et sans discuter :
- les enfants et les personnes âgées ;
- les femmes enceintes ;
- les asthmatiques et insuffisants respiratoires ;
- les personnes qui ont des soucis cardiaques.
Pour elles, un air seulement « dégradé » suffit à justifier de laisser tomber la sortie. Et pour tout le monde : en cas de gêne respiratoire inhabituelle, de douleur dans la poitrine ou d'essoufflement anormal, on arrête et on consulte un médecin. La fumée n'est pas un adversaire qu'on « pousse » à la volonté.
Envie de bouger quand même ? Les options malignes
Renoncer à courir dehors ne veut pas dire rester scotché au canapé. Quand l'air est chargé, il reste de la marge :
- Rentrez la séance à l'intérieur, fenêtres fermées tant que l'air extérieur est chargé : renforcement, home-trainer, tapis, mobilité. On rouvre et on aère seulement quand l'indice repasse au vert.
- Baissez l'intensité et raccourcissez : une marche tranquille n'a rien à voir avec un fractionné question quantité d'air inhalé.
- Jouez sur le timing : la qualité de l'air bouge dans la journée selon le vent. Vérifiez l'indice plutôt que de sortir par habitude.
- Fuyez le panache : éloignez-vous de la direction de la fumée et des grands axes routiers, déjà chargés en particules.
Et comme ces épisodes tombent en pleine chaleur, gardez sous le coude nos repères pour courir par forte chaleur, reconnaître un coup de chaleur et comprendre pourquoi l'Ironman de Nice a été annulé pour cause de canicule. Fumée ou canicule, le principe ne change pas : la santé passe avant le chrono. Le sentier sera toujours là quand l'air sera redevenu respirable.
